Lettre à Louis 1
Cher Louis,
J’ai rendu visite à Suzi dans l’atelier du Grand Saint-Jean. Quand je suis arrivée, Suzi s’affairait à coller une affiche sur sa vitrine. Quatre vingt-dix ans, nonante comme on dit ici. Et moi qui me sens déjà vieille parfois.
Comment fait-on pour garder une telle authenticité de soi? En l’écoutant ne raconter pendant cinq heures les profondeurs cachées de son livre «En forme de Véronique», j’ai su une fois encore que le sentiment d’amour est un brasier inextinguible. Que de lui naissent les mots qui ne disent que du «vrai». Les Africains considèrent les anciens comme des bibliothèques vivantes. Certains de nos anciens aussi le sont. Ils ne le sont pas forcément parce qu’ils témoignent de la tradition.
Ici, c’est plutôt le contraire. Des femmes comme Suzi témoignent d’une audace de vie sortie des sentiers déjà parcourus. Suzi est de ces femmes qui ont osé, osé être, osé vivre, osé l’éphémère, osé questionner sans craindre les non-réponses, osé le vertige. Que dire d’autre que merci.
Gracias,
A toi, Monique Décosterd
