Etty Hillesum

création 2005

La vie bouleversante d’Etty Hillesum

d’après Une vie bouleversée d’Etty Hillesum
création, mise en scène de Monique DécosterdRéalisation, Monique Décosterd | Musique, Marco Jaccoud | Décors-accessoires, Valérie Margot | Costumes, Monique Décosterd, Valérie Margot | Lumières, Michel Boillet | Régie, Sophie Mulliez | Maquillages, Soma Décosterd | Coiffure, Carole Oherle | Chargée de communication, Catherine Chuard | Site internet, Daniele Bevar | Interprètes, Fabienne Keller, Philippe Vuilleumier, Daniele Pintaudi | Sax live, Marco Jaccoud


” De l’autre côté de cette tente, le soleil nous offre soir après soir le spectacle d’un coucher inédit. Ce camp perdu dans la lande de Drenthe abrite des paysages variés. Je crois que la beauté du monde est partout, même là où les manuels de géographie nous décrivent la terre comme aride, infertile et sans accidents. Il est vrai que la plupart des livres ne valent rien, il nous faudra les réécrire.”Etty Hillesum, Lettres de Westerbork


Photo: Isabelle Meister

Présentation du metteur en scène

Mettre en scène le journal de Etty Hillesum c’est avant tout remettre en mémoire cette jeune femme si singulièrement moderne et actuelle. Beaucoup je crois pourront se reconnaître en elle, dans ses tâtonnements, ses doutes, ses certitudes, sa lucidité et son obstination à vouloir voir clair en elle, et s’expliquer avec l’obscure période de l’histoire de l’humanité qu’elle traverse.

A la fin de la lecture du journal et des lettres de Westerbork, vous restez un instant pétrifié par tant de sincérité, d’exigence, de tellement de courage. Etty devient pour le lecteur comme un membre de sa famille que l’on voudrait pouvoir prendre dans ses bras, lui permettre ainsi de se reposer.


Photo: Isabelle Meister

La mise en espace du journal d’Etty se situe dans cette chambre “alliée et riante” où elle s’immerge dans un grand silence assise à son bureau avec lequel elle entretient une relation étroite et amicale.

Des fragments de textes choisis du journal résonnent ou chuchotent en voix “off” comme autant de pensées intimes écrites dans les onze cahiers quadrillés qu’elle a laissés. Etty entourée de ses livres, ses fleurs, ses révoltes, ses désordres intérieurs, sa sensualité et Rilke. Les poèmes de Rilke et autres textes des auteurs qui étaient pour elle aussi proches que de vrais amis seront entendus en “voix vivante” par la jeune danseuse et comédienne interprète du personnage de Etty.

Le mur qui la protège dans sa solitude devient transparent, Etty est alors dans l’espace extérieur, lieu des rencontres. Rencontre avec Spier, l’amour, les rêveries à bicyclette, les ruptures, les restrictions, le choc, les chutes, les bonheurs immenses au contact de la nature, mais aussi l’éloignement puis la disparition.

La force des mots, l’apport de la danse, du geste, le chant du saxophone et surtout comme le voulait Etty:

“Un juste dosage entre le dit et le non dit” “Si je survis à cette époque j’écrirai de petites histoires qui seront comme de délicates touches de pinceau sur un grand fond de silence”

Monique Décosterd
Pour en savoir plus sur Etty Hillesum

Avec le soutien de la Ville de Genève (Département des Affaires Culturelles, Département des Affaires Sociales, Ecole et Environnement), de l’Etat de Genève (Département de l’Instruction publique, Département de l’Action Sociale et de la Santé), de la Loterie Romande, de la Fondation H. et V. Barbour, du Service Culturel de Plan-Les-Ouates et de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Paris.

Dans la presse

Le journal de la jeune Etty Hillesum inspire les montreurs d’images

BENJAMIN CHAIX

Les spectacles de Monique Décosterd sont empreints de finesse, de tendresse et de poésie. C’est exactement ce qu’il faut pour évoquer la vie d’Etty Hillesum, jeune Néerlandaise juive morte en 1943 dans le Camp d’extermination d’Auschwitz. Son journal et ses lettres dévoilent une personnalité attachante, étonnamment libre de moeurs et d’esprit et très positive malgré le danger qui pesait sur elle et les siens.

“Mettre en scène le journal de Etty Hillesum, explique Monique Décosterd, c’est avant tout remettre en mémoire cette jeune femme si singulièrement moderne et actuelle. Beaucoup, je crois, pourront se reconnaître en elle, dans ses tâtonnements, ses doutes, ses certitudes, sa lucidité et son obstination à vouloir voir clair.”

Née le 15 janvier 1914 à Middelburg, en Zélande, province des Pays-Bas, Etty Hillesum tient un journal pour ordonner les élans de sa jeunesse. Aussi intellectuellement douée que sensuellement concernée, la jeune fille inspire à une amie ce commentaire: “Elle avait la même curiosité érotique qu’une Lou Andréa Salomé. C’était très inhabituel à l’époque, même dans nos milieux d’intellectuels de gauche.”

Une rencontre décisive Chez Han Wegerif, à Amsterdam, Etty est une sorte de gouvernante au service de ce ménage sans mère, composé d’un père dont elle est la maîtresse, d’un fils et d’une servante allemande. En 1941, Etty connaîtra à Amsterdam un intellectuel berlinois juif, émigré aux Pays-Bas deux ans plus tôt. Ce Julius Spier a suivi les cours de Carl Gustav Jung à Zurich et a même fait une analyse avec le célèbre psychiatre suisse.

Etty commence son journal quelques jours après sa rencontre avec cet homme. “S. est une oasis dans ce désert”, écrit-elle à l’heure où les périls montent autour d’elle. Se refusant à la haine comme au désespoir, la jeune femme se sent “le théâtre d’affrontements sanglants et j’en paie le prix par une immense fatigue et de terribles migraines”. Son journal et ses lettres envoyées du camp de Westerbork sont admirables. Son dernier signe de vie, une carte lancée du train qui l’emmenait à Auschwitz, sera postée par des paysans et atteindra sa destinataire.

Article paru dans la “Tribune de Genève” du 24 novembre 2005